28.12.2006

Episode 11

Jour un après mon réveil.

Le problème du journal intime est de savoir si on l’écrit pour soi ou pour les autres et étrangement la plus part des journaux intimes sont écrit pour les autres. On l’écrit pour être lu même si dans le fond on ne va pas supporter d’entrer dans la pièce et de découvrir quelqu’un avec le précieux manuscrit dans les mains… Seulement écrire son journal pour la plus part des gens c’est écrire son histoire, écrire son histoire c’est la rendre intéressante. Les héros de livres ne sont pas forcément plus intéressants que nous mais le fait que leur vie soit écrite leur donne un tout autre statut. Ecrire sa propre vie est donc un travail sur l’estime de soi, c’est faire de sa vie un roman, c’est s’extérioriser pour mieux s’apprécier.

En toute honnêteté en temps normal je pense que je ne suis capable que d’écrire mon journal de cette façon là. Ecrire mon journal avec l’appréhension ou le bonheur de savoir que quelqu’un peut tomber dessus. Ecrire son journal pour soi c’est vraiment difficile, c’est écrire sans se persuader qu’on est un héro. Les personnes comme moi écrivent qu’ils ont fait quelque chose de génial, ils se mettent en avant dans chaque situation, ils ont envie que celui qui lira le texte l’admire, même dans le malheur. Quand quelqu’un comme moi écrit « je suis malheureux à en crever », c’est encore parce que dans ce malheur il est le héro. Peu de personne peuvent écrire « je suis malheureux » juste parce que c’est le cas. Ecrire pour soi demande cette absence de mise en scène dont on a tous plus ou moins envie d’entourer sa vie et peu, vraiment peu de personnes, sont faites pour écrire de cette façon, car après tout, si on y réfléchit bien, ça ne sert plus vraiment à grand-chose…

Il est donc logique que j’écrive ce journal pour qu’on me lise car après tout je suis la personne la plus susceptible de se faire passer pour un héro ! Ce que je vis est un roman merveilleux ! Tout ce qui m’entoure est bien plus que la exaltation du réel, c'est-à-dire tourner de façon intéressante le fait d’avoir une vie d’étudiante, de se bourrer la gueule tous les samedis soir et d’aller voir ses parents pour les fêtes de Noel ce que tout le monde fait et qui paraît banal si on ne le dit pas d’une façon originale… Non, ce que je vis est réellement original !

Seulement une chose minuscule va changer la donne et me transformer en une personne totalement honnête envers soi même : personne ne peut lire ce que j’écris puisque personne ne parle ma langue, il ne sert donc à rien d’espérer un lecteur !

Voici donc ma vraie histoire ou alors mes vrais sentiments car je me rends compte en cet instant que de raconter ce qui s’est passé depuis que je suis arrivée sur Gaya comme un compte rendu fantastique n’est absolument pas ce que je veux faire, c’est déjà bien assez éprouvant de le vivre… Ce qui me passe par la tête par contre c’est autre chose, c’est exactement ce que je suis en train de faire là : écrire permet de se rendre compte de pas mal de chose, voir marqué ce que l’on pense force a une réflexion encore plus poussée et bien souvent, dans mon cas en tout cas, on n’a plus du tout la même opinion avant et après avoir écrit. Ecrire faire prendre conscience des erreurs, là tout de suite par exemple je suis en train de me rendre compte que malgré tout j’écris pour quelqu’un, que je me plait à espérer un lecteur malgré la barrière de la langue, sinon je n’écrirai jamais comme ça…

Mais continuons malgré tout de cette façon, le principal c’est que je me souvienne de cette impossibilité de lire mon récit suffisamment pour ne pas me mentir en écrivant, pour ne pas me faire croire des choses parce que je veux le faire croire à d’autres…

Et qu’ai-je envie d’écrire aujourd’hui ? Rien sur Gaya, vraiment rien, cette réflexion sur le journal intime était bien plus ce qu’il me fallait…