21.05.2006

Episode 4

Allez hop gamine ! Un peu de courage… Facile à dire, vive ma conscience à deux balles, la même qui m’a fait rentrer dans l’appartement tout à l’heure pour y trouver un psychopathe de passeur à la mords-moi-l’nœud ! Il faut que j’arrête d’utiliser cette expression tant que je ne suis pas sûre qu’on parle vraiment de mordre un noeud quelconque qui devrait en plus être à moi…

Bon, qu’est ce qu’on peut faire quand on a les jetons ? Une chanson, ouais une chanson, genre chanson innocente… Si tu as de la joie au cœur frappe des mains… Oui… peut-être moins poussé le côté innocent… Rape me, rape me my friend… Rape me, rape me again… Bon okay, ce n’est pas la bonne non plus… Pourquoi je n’ai que ça qui me vient à l’esprit… Pourquoi j’ai envie de chanter les Cranberries mais je ne me souviens d’aucune parole… C’est toujours pareil…

Merde il a une fin ce chemin ! Question : Est-ce que je veux vraiment qu’il en ait une ? Bon au bout des chemins perdus dans les bois en général qu’est ce qu’il y a ? Il y a… Des routes ? Bon des routes ça reste des chemins modèles supérieurs… Au bout des routes il y a… des villes ! Et je vais finir par me pointer dans une ville avec mon tee-shirt sur la tête et sans pouvoir expliquer d’où je viens !

Finalement je me demande si l’option de mourir de faim dans la clairière n’était pas une meilleure idée… Pourquoi je ne réfléchis que maintenant ? Je le sais pourtant que les décisions sur un coup de tête en général ça finit toujours en vrille ! Eh puis zut, il faut que j’arrête de me plaindre un peu. Qu’est ce que la vie enseigne ? Que c’est toujours les trucs les plus pourris qui nous arrivent qu’on raconte le plus par la suite à tous les potes et qu’en général ça fini par nous faire bien rire. Eh bien là vu à quel point c’est pourri je vais avoir vraiment mal aux abdos quand je vais la raconter !

Au cœur de la forêt, contrairement à tout à l’heure ça grouille de petits bruits, des oiseaux, des bruits de feuilles qui bougent… Je croise un groupe de trois arbres dont le troncs, j’ai compté, fait sept pas d’épaisseur. Alors peut-être que je suis dans la forêt équatoriale, seul endroit où il est sensé avoir ces énormes arbres que j’ai vu dans je ne sais plus quel documentaire. Mais la végétation ne colle pas. Tout est différent de là bas, tout est différent de chez moi, tout est différent de partout ! Je ne regarde pas de plus près pour ne pas perdre l’objectif « chemin pavé » ! Si je suis réellement là pour un moment, j’aurai tout le temps de découvrir la végétation plus tard, il y a plus important à s’occuper pour le moment.

J’oublie la honte, j’oublie la peur, j’avance simplement, du moins il le faut. Je ne vais pas tarder à être épuisée et à avoir faim, enfin pas tout de suite mais ça finira par arriver, il faut l’éviter au maximum, bouger, avancer.

Avancer d’ailleurs je le fais pendant longtemps avant d’entendre un grondement qui n’a plus rien à voir avec les bruits de la forêt auxquels je m’étais habituée. Après que mes jambes se soient réveillées à force de marcher, prenant de plus en plus de vigueur, le mouvement inverse s’est produit et je recommence à sentir une fatigue impressionnante me gagner au fur et à mesure de mon avancée. Cependant le grondement m’intrigue, hors de question de m’arrêter !

La forêt s’éclaircit, je commence à en voir la sortie au bout du chemin, bien loin devant moi, ce n’est pour le moment que de la lumière que je distingue à travers le tissu. Les bruits se font plus précis, il y a bien une ville au bout je ne peux plus en douter ! Ce qu’on entend c’est une activité bourdonnante, des voix et autres bruits indistincts…

Mes jambes sont lourdes, vraiment lourdes, j’emploie mes dernières forces, je courrais si je pouvais, je veux savoir ! Il y a comme un vertige dans ma tête, comme si c’était l’envie, l’impatience elles-mêmes qui me font tourner les sens. Je pousse mon corps à bout, c’est là, juste là, il faut que j’y arrive ! La lumière augmente, le bruit aussi, j’ai du mal à les supporter. 

Des formes sombres se dessinent au travers de la lumière, des habitations ? J’accélère.

Dans quelques secondes j’y serai, je rentrerai dans ce nouveau lieu mystérieux, je découvrirai enfin, je mettrai le doigt sur quelque chose. J’ai tellement l’impression que la solution est juste au bout !

Le chemin se finit là, au-delà tout semble pavé de la même façon, j’entre dans la ville, il n’y a personne, comme si j’entrais par des abords délaissés.

Alors que je devrais enfin découvrir de quoi l’endroit a l’air, mon corps me lâche. Je ne voyais déjà pas grand-chose, je commence maintenant à tourner de l’œil, tout se brouille d’avantage.

J’hésite, crier, avertir quelqu’un ? Je veux découvrir les choses mais j’aurai aimé savoir avant comment se comporte ces gens, être sûre qu’il n’y a aucun danger…

Je vais tomber c’est une certitude, m’effondrer là et si jamais personne ne venait, si l’endroit était désert et qu’ils n’y venaient plus ? Je peux me réveiller plus tard en pleine forme ou… pas. Il y a un risque réel dans les deux options.

Je pose ma main sur la forme sombre que je voyais plus tôt. Un mur. Je me sens entraînée, partir. Je m’adosse, me laisse tomber assise.

Il me reste encore une minuscule parcelle d’énergie. Crier, attendre le malaise ? Vite, il faut choisir. Vite ! Vite imbécile tu vas y rester !

Je crie.