18.09.2006

Episode 07

Le ciel s’est assombri durant notre discussion et lorsque le grand père revient il fait presque nuit dehors. Le liquide dans les coupoles de bois tressées s’est mit à luire sans aide extérieure et emplit la pièce d’une lueur douce et chaude.

Nous sursautons dans un même élan lorsque la porte s’ouvre sur le vieillard. Heledd se lève immédiatement pour l’aider à porter le panier qu’il tient dans les mains, je ne vois pas ce qu’il contient. Je me lève à mon tour avec un regard qui demande si je peux être utile. Politesse oblige. Il me fait une légère remontrance :

« Tu dois parler, même si nous ne te comprenons pas, si tu dois assimiler notre langue cela se fera tout seul mais si tu n’essaies jamais de parler tu ne sauras jamais si tu ne la parles pas vraiment ! »

Je rougis, un peu honteuse.

« Très bien… »

Il me contemple avec un sourire amusé et me réinvite à m’asseoir tandis qu’il prend la place qu’Heledd occupait peu avant. Ce dernier s’installe sur une autre chaise. Une discussion sérieuse a toujours l’air d’une discussion sérieuse, il y a toujours des signes avant coureurs. En général c’est une petite phrase idiote lancée ‘comme pour de faux’ un « Tu peux venir ici deux minutes s’il te plaît » ou celle que personne ne veut jamais entendre « Il faut qu’on parle », le plus étrange dans ces phrases c’est qu’elles sont toujours dites d’une façon très… Sadique, c’est le mot que je cherche ! La personne qui la prononce prend toujours l’air qu’après elle va dire quelque chose de très anodin, c’est comme une règle, il faut dire la phrase ET ensuite, prendre un air grave. A partir de ce moment on peut tout annoncer, l’autre sait déjà à quoi s’attendre « Je veux qu’on rompe » ou plus tordu : « J’ai écrasé ton bébé chat sous une des roues de mon 4x4 »…

J’apprends qu’ici on ne s’embête pas avec ce genre de détail :

« On ne sait pas quoi faire de toi ! »

Ouh ! C’est brutal, je ne m’y attendais pas ! Je panique, me vois déjà abandonnée ici dans un monde que je ne connais pas comme un bébé chat - décidemment j’ai quelque chose avec les chatons aujourd’hui – sur la route des vacances.

« Mais… je… »

Je ne finis pas ma phrase, qu’est ce que je peux vraiment dire de toutes façons ?

« Comment te recevoir au mieux parmi nous de cette façon ? Tu as peut-être développé de nombreux besoins là où tu vivais, mais maintenant que tu es ici comment pouvoir les satisfaire ? J’ai peur de mal faire les choses puisque tu ne parles pas… »

Je soupire de contentement, rassurée. Je ne suis pas encore la vieille chaussette dont on cherche à se débarrasser…

Je fais mine d’écrire sur la table avec un crayon invisible aux yeux de tous.

« Ecrire oui… Dès demain l’on va commencer à t’apprendre. Mais j’ai peur que cela prenne beaucoup de temps quand même. Notre écriture ne peut pas être phonétique, il y a un signe pour chaque mot, son apprentissage est fastidieux et long… Et puis quel age as-tu ? »

Je lui présente deux fois les dix doigts de mes mains. Il paraît surprit quelques secondes puis s’exclame :

« Evidemment nous ne devons pas avoir le même calendrier ! Mais je crois que ton age se rapproche de celui de Heledd et cela signifie que tu dois aussi commencer une formation. »

« Une formation ? »

Je l’encourage à continuer d’un regard poussé.

« Une formation dans un domaine ou un autre, trouver une place pour être utile aux autres comme ils le seront avec toi… »

« Finalement dans un monde ou un autre c’est toujours pareil… »

Il ne comprend pas un mot de ce que je dis alors continue tandis que je vois cette formidable histoire se transformer en miroir de ma vie d’avant. Un cauchemar.

« Il faudra donc réussir à comprendre ce que tu veux choisir et ça ne va pas être évidant, nous allons te faire faire le tour des métiers pour que tu nous désignes celui que tu souhaites apprendre. Ensuite il faudra une réunion pour te présenter à tout le monde, te trouver une maison dans laquelle tu pourras loger… J’ai peur de mal faire les choses… »

Je le regarde avec pitié, les choses ne se présentent effectivement pas sous le meilleur angle mais je n’ai pas à lui en vouloir, il n’y est pour rien après tout. Le passeur a du se tromper je ne suis certainement pas plus à ma p^lace ici que là où j’étais avant. Je repense à tout ce qu’on m’a dit. Si je me suis habitué à l’autre monde d’une façon irréversible et que ce monde ci est mon vrai monde, alors je ne pourrai jamais y être réellement comme chez moi, je suis destinée à ne trouver ma place nulle part…

Je pose ma main sur le bras du vieillard comme pour le rassurer.

« Il faut que j’apprenne à écrire. Rapidement. »

Commentaires

wow c'est fou ! exelent

Ecrit par : jess | 28.09.2006

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