15.04.2006
Episode 02
J’ai peur, je devrais même certainement avoir plus peur que ça mais la curiosité est la plus forte. Alors que quelques neurones de mon cerveau font une manifestation, brandissant un grand panneaux « DANGEEEEEER », qu’ils scandent des slogans du type « Préviens le voisin, ne rentre pas toute seule, ne cours pas de risque inutile ! », le seul geste que j’ordonne à ma main est celui de venir se poser sur la poignée et de la presser. Pourtant le raisonnement continue dans ma tête. Est-ce que c’est mon propriétaire ? Il est la seule autre personne sensée avoir les clefs. Est-ce qu’il a droit de rentrer chez moi comme ça ? Surtout que j’ai quelques soutiens-gorge qui sont en train de sécher dans ma salle de bain, ça ne le fait pas… Presque sûre, comment pourrait-il en être autrement, que c’est bien lui, j’ouvre la porte, bien décidée à demander des explications.
Il n’y a que deux pièces chez moi, la salle de bain et le salon-chambre-cuisine. Première constatation : personne dans cette pièce. Dans la salle de bain alors ? Non mais je n’y crois pas, qu’est ce qu’il fait à mater mes sous vêtements ce pervers ! Cette fois j’entre franchement. Immédiatement je sens une main qui se pose sur ma bouche et une autre autour de ma taille. Derrière la porte, il était derrière la porte ! Je panique totalement. Je me débats comme je peux, donne des coups de poings et des coups de pieds, mais derrière moi c’est assez dur et je réussis à me faire mal toute seule. Tant pis, la peur est suffisante pour me convaincre à ignorer la douleur. Je frappe et frappe encore, je tente de crier. Mais il n’y a rien à faire, la personne derrière moi est bien trop forte. Elle finit par me maîtriser complètement et à empêche le moindre de mes mouvements.
Pendant une demie seconde j’ai le temps de réaliser. Je viens de faire une grosse bêtise en rentrant sans précaution. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Les scénarios passent dans ma tête, qu’est ce qui m’attend ? Viol ? Meurtre ? Je n’ai jamais eu si peur de ma vie. Pourquoi je n’ai pas été boire ce chocolat ? Ma vue est soudain brouillée par des larmes que je ne peux retenir. J’arrête de me débattre, j’ai comprit que ça ne sert à rien. Pourtant la porte à côté de moi est encore ouverte. Mon voisin est sûrement chez lui, là sur le côté du palier, à peine à quelques mètres de moi. Si près et pourtant si loin. Non, c’est trop bête… Il n’y a qu’un mur de dix centimètres d’épaisseur qui nous sépare et pourtant ça fera toute la différence, je vais devoir me débrouiller toute seule. Les couteaux sont tout près aussi d’ailleurs, j’en vois même un d’ici, dans ma vaisselle sale, je pourrais presque l’atteindre si seulement je pouvais tendre le bras. Mais je ne peux rien faire. Il me sert tellement fort que ça me fait mal et je respire avec du mal.
M’étant calmée, il me semble soudain qu’il desserre son étreinte, c’est à peine perceptible mais c’est sûrement la seule chance que j’aurai pour tenter de me sauver. Je me fais encore plus calme, j’essaie de reprendre mon souffle et soudain… J’y met toute ma force et tente de pousser cette barrière de chaire qui me retient prisonnière. J’y mets tout mon désespoir, mais ça ne suffit pas, c’est la tentative qui est désespérée, elle ne sert absolument a rien. Les bras autour de moi ne m’en serrent que plus fort et ne me font que plus mal. Un rictus de douleur s’affiche sur mon visage.
« Calme toi ! »
La voix n’est pas celle de mon propriétaire, je ne l’ai pas souvent entendu parler mais je suis persuadée qu’elle n’avait rien de commun avec cette voix là. Elle est tellement grave qu’un écho se répercute à l’intérieur de mon corps avec ce simple mot. C’est très désagréable. Voilà, il y a des fous qui tuent des gens tous les jours, comme des millions d’abrutis je me suis crue totalement à l’abri de ce genre d’incident, j’ai même joué avec le feu des tonnes de fois, pris des rues noires et désertes, seule et tard le soir, seulement il suffit que la chance tourne ne serait-ce qu’une fois. Et voilà, le hasard a décidé que ce soir se serait moi la victime, il faut bien que ça tombe sur quelqu’un, et pourtant, pourquoi moi, pourquoi ?
La personne qui me retient interrompt mes réflexions en poussant la porte du pied. Je la regarde claquer avec terreur. Elle est définitivement fermée. Et maintenant ? Qu’est ce qu’il va se passer ? Je voudrais tellement que le temps s’arrête, ne pas connaître la suite. Pouvoir arrêter ma vie là comme si je décidais de suspendre la lecture d’un livre pour vaquer à quelque autre occupation. Pouvoir faire comme certains moines bouddhistes qui séparent leur esprit de leur corps. Il ne faut pas rêver, je ne vais pas apprendre à faire ça en trois minutes.
Je ne bouge plus puisqu’on m’a fait comprendre que c’est ce que je devais faire. Non pas que je tienne à faire plaisir à mon assaillant mais si je peux éviter au maximum de le mettre dans de mauvaises dispositions…
J’ai tellement peur que la tête m’en tourne. En même temps, sentiment contradictoire, une sorte de résignation m’envahit. Pourvu que ça ne dure pas longtemps, qu’on en finisse vite…
« Bon, maintenant écoute moi attentivement… »
Est-ce que j’ai le choix andouille !
« Il est temps pour toi de partir d’ici, ce monde ne te vas pas du tout et au fond de toi tu le sais… »
Et voilà cette fois c’est un acquis, il va me tuer. Je suis tombée sur un fou qui se veut philosophe, peut-être même envahit d’une sorte de mission divine pour me sortir un truc pareil…
« Je compterai jusqu’à trois et nous allons y aller. Gaïa ne peut rien t’apporter, n’ai pas peur, je t’emmène à un endroit où tu seras bien plus à ta place… Les choses doivent suivre une logique, chacun à sa place, il est temps que tu arrêtes d’entraver la marche des choses en étant ici ! Je déteste les cas comme toi ! »
Je ne comprends rien à son charabia, je vais mourir de la main de ce fanatique sans même en comprendre la raison alors qu’il semble logique pour lui qu’il y en a une…
« Un… »
Le monde est remplit de mensonge, on ne voit pas défiler sa vie avant de mourir, j’aurai aimé pourtant, me faire une dernière pellicule, une ultime distraction…
« Deux… »
Non, je ne suis pas prête !
« Trois… »
« Je… »
Pas le temps de finir ma phrase. Soudain c’est comme si toutes les couleurs autour de moi se mélangeaient les unes avec les autres dans un gros tourbillon marron. Je me sens comme si j’allais tomber dans les pommes, prise dans un tournis incroyable qui ne s’arrête pas. C’est ça mourir ? Je ne comprends même pas ce qu’il se passe. L’étreinte qui me retenait prisonnière semble soit se relâcher totalement soit se faire encore plus insistante. L’air siffle dans mes oreilles. Ça fait mal, j’ai l’impression que mes tympans vont exploser. Tout tourne, tourne, tourne mais tellement vite que je ne perçois rien autour de moi, je n’arrive à distinguer aucune forme dans mon petit appartement qui m’est pourtant si familier. Et il y a ce froid, ce froid soudain et impressionnant qui me glace, tout d’abord le bout du nez et des doigts, les pieds, les oreilles, puis tout entière. Qui me glace littéralement les os, qui glace tellement que ça me brûle, je brûle de l’intérieur. Je ferme les yeux, je ne peux les garder ouverts plus longtemps. C’est comme si l’air autour de moi essayait de m’attaquer, il me lacère la peau avec des griffes invisible. J’essaie de penser, j’essaie de toutes mes forces mais la seule et unique chose sur laquelle j’arrive à me concentrer c’est cette douleur, cette douleur horrible, ce mal atroce, insupportable. Je veux que ça s’arrête, j’ai mal, j’ai tellement mal ! J’ai l’impression qu’on essaye de séparer mon corps de mon esprit en faisant imploser le premier…
Subitement, retournement de situation total. Tout s’arrête de tourner, il n’y a plus rien, seulement un bruit aigu désagréable. La douleur s’est arrêtée, reste juste l’impression dans mon corps, une impression de douleur indolore, c’est étrange… Une pression se fait aussi de plus en plus forte dans ma poitrine. Alors je me rends brusquement compte qu’il est tant de respirer. Immédiatement le bruit s’arrête, je réalise : c’est moi qui était en train de crier. Je reprends mon souffle avec de nombreuses inspirations précipitées. Je tente de respirer tellement vite que je m’étouffe, je tousse, déglutie. Je me force à respirer aussi normalement que possible. J’ai toujours les yeux fermés, je n’ose les ouvrir. Les bras qui m’entouraient ont disparus. Je sens que je suis sur le sol, en position fœtale. Il faut que je me calme, que je fasse le point. Qu’est ce qu’il s’est passé ? Je ne comprends rien. Est-ce que je suis morte ? Si je suis morte, alors comment ? Je n’ai sentis ni lien qui m’étouffait, ni couteau qui se plongeait dans ma poitrine… Quelle était cette impression bizarre de tourner dans tous les sens, cette douleur qui ne s’est pas contentée de se poser à un endroit fixe où l’on m’aurait frappée ? La pensée que je suis peut-être morte me convainc définitivement à garder les yeux clos. Je n’ai pas envie de découvrir maintenant le plus grand mystère de l’univers, d’avoir enfin une réponse à la question « qu’est ce qu’il y a après ? », d’ouvrir les yeux sur l’inconnu.
Contact sur ma peau. Je sursaute. « Il » est encore là ou c’est autre chose ? Je tremble malgré moi. C’est une main qui s’est posée sur mon flanc. J’ai peur d’ouvrir les yeux, j’ai peur de devoir me retourner pour voir de quoi il s’agit. J’ai peur, j’ai affreusement peur. Merde mais qu’est ce qu’il se passe !
« Voilà, c’est fait. »
C’est la même voix que tout à l’heure. Mais alors… Je ne suis pas morte sinon comment pourrait-il être là avec moi ? Quelque part je préfèrerai être morte ça expliquerait ce qui est arrivé, qu’est ce que cet homme m’a fait ? Je dois savoir. Je m’apprête à me retourner enfin et à regarder l’homme mais au moment où j’entame le mouvement il pose sa main sur mes yeux. Il est plus délicat qu’avant.
« Non, n’ouvre pas les yeux tout de suite, il faut que tu t’habitues progressivement à la lumière qu’il y a ici, tes yeux n’ont encore jamais été confronté à ça… Tu ne veux pas devenir aveugle n’est ce pas ? Ne bouge pas non plus, le voyage a été éprouvant pour ton corps, laisse le se reposer quelque temps. »
Mais qu’est ce qu’il me raconte… Il n’empêche que fou ou non je l’écoute, bien trop intimidée… Je déglutie. Allez un peu de courage… Parle…
« Qu’est ce qu’il se passe ? »
« Je t’ai dit ce qu’il se passait »
Oui mais là il faut que l’information monte au cerveau. Qu’est ce qu’il m’a dit déjà ? Je ne me souviens que du fait que je devais aller ailleurs, que je n’étais pas à ma place… Bon, poser des questions logiques, ne pas le vexer, entrer dans son délire :
« Où est-t-on ? »
« A Haya. »
« C'est-à-dire ? J’ai du mal à comprendre, est-ce que vous pouvez m’expliquer ? Qui êtes vous ? »
« Je suis celui qui passe. »
« Qui passe ? »
« D’un monde à l’autre. »
« C'est-à-dire ? »
J’hallucine, je suis en train de me taper la discut’ avec un dingue… Dans quel pétrin je me suis encore fourrée ? Je sens du mouvement à côté de moi, je crois qu’il s’est assis derrière moi. Je pourrais peut-être en profiter pour bouger enfin. Non, soyons prudente… Mais si il est derrière moi je pourrais peut-être ouvrir les yeux… En même temps il m’a menacé d’être aveugle, ne risquons rien…
« Je vais t’expliquer. Il y a dans l’univers une infinité de mondes différents, ils existent tous au même endroit sans jamais réellement se toucher. Chacun a sa place bien déterminée dans un de ces mondes. Seulement parfois il arrive qu’un être destiné à un monde précis se retrouve dans un monde qui n’est pas le sien. Mon rôle est de rééquilibrer les choses en le renvoyant là où il se doit d’être. Tu étais à Gaïa, mais ta place à toi est à Haya, tu voici donc maintenant au bon endroit. Mais j’ai mit du temps avant de te trouver alors ton corps s’est habitué à Gaïa et il lui faut se réadapter à son milieu, cependant ne t’inquiète pas, cela se fera rapidement, quoi que jamais entièrement maintenant. »
On se croirait dans un mauvais film de science fiction.
« Qu’est ce que vous m’avez fait ? Pourquoi j’ai eu si mal ? »
« Je ne t’ai rien fait, c’est le voyage qui t’a éprouvé, je suis le seul qui supporte aisément le passage. »
« Et qu’est ce que vous allez me faire maintenant ? »
« Rien, mon rôle à moi se finit ici, maintenant c’est à toi de te débrouiller. C’est ton vrai monde, tu n’as jamais été plus à ta place que maintenant, alors ça ne devrait pas être si difficile ! »
« Vous partez ? »
L’idée m’enchante, c’est ce que j’attends depuis tout à l’heure mais le récit fou qu’il m’a conté me touche quand même et j’ai une certaine appréhension à me retrouver toute seule. Non, être logique, même si la douleur été intense et qu’elle m’a fait perdre le fil du temps, il n’a quand même pas du se passer plus de quelques minutes, il n’a pas pu m’emmener autre part, je suis encore chez moi, dans mon appartement, à la limite dans la salle de bain et quand je vais ouvrir les yeux je verrai mes soutif qui pendent au dessus de ma douche !
Il ne répond pas…
« Eh ? »
Il n’y a que le silence qui répond à cette fumeuse interjection… Il est vraiment parti ?
« Vous êtes là ? »
Je me fige encore quelques secondes, l’oreille aux aguets du moindre bruit qui pourrait m’indiquer la présence de quelqu’un. Il est certainement encore là je ne l’ai même pas entendu partir, ni même senti qu’il se levait…
Silence de croque mort…
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Episode 01
Je balance plus que je ne pose mon sac là où vont bientôt le rejoindre mes pieds, en quatrième vitesse m’affale dans le fauteuil et claque la portière. Je souffle. Zeeeeen. Je regarde ma conductrice. A place d’un bonjour j’entends un « Ceinture ! » Je m’exécute. Elle sourit, rie légèrement puis démarre après avoir vérifié dans le rétro qu’aucune voiture n’arrive en sens inverse.
« Panne de réveil ? »
Je continue à fixer la route qui défile sur le pare-brise, les sourcils légèrement froncés par scepticisme en voyant le nombre de moustiques, moucherons et autre insectes volants suicidaire qui viennent finir leur déjà courte vie sur le carreau pour être balayé d’un coup d’essuie glace. Je regarde la jeune femme à nouveau.
« Pourquoi tu fais marcher tes essuies glace, il ne pleut pas… »
C’est la première fois de la matinée que j’entends ma voix, elle me paraît un peu étouffée, comme timide, comme anxieuse à ma place…
« Il y avait un truc, une saleté qui me gênait… »
« D’accord... Non, mon réveil a fonctionné… »
« Alors les dix minutes où j’ai attendu en bas de chez toi c’était pour ? »
« Je n’avais pas envie d’être aujourd’hui… J’avais envie de retarder les choses et finalement c’est moi que j’ai retardé… Au final dix minutes de retard seulement, je m’en suis bien sortie… »
J’ouvre légèrement la fenêtre pour avoir de l’air sur mon visage. Sarah continue la discussion :
« Anxieuse ? »
Je n’arrête pas de me poser à moi aussi la question.
« En fait je crois que c’est étrange, je suis stressée parce que je sais que je dois être stressée mais que je ne le suis pas. »
« Tu ne stresses pas pour tes résultats mais juste parce que ton attitude n’est pas celle que tu crois devoir avoir, c’est ça ? »
« Ouais, c’était peu être mieux résumé que moi… »
« Si tu ne l’as pas ? »
De deux coup de talons habiles j’enlève mes chaussures trop desserrées et pose mes pieds juste au dessus de la boite à gant.
« Nous avons déjà eu cette discussion… Je ne l’aurai pas d’ailleurs, je le sens… »
Elle lâche le volant pour poser une main réconfortante sur mon épaule. Ça ne dure que quelques secondes car bientôt le volant réclame son retour. Elle ne comprend pas, je tente d’expliquer :
« Ce n’est pas dramatique… »
« Tu avoues enfin que ce n’est pas ton truc… »
« Ce n’est pas mon truc, mais c’est ça ou rien. Mais le problème n’est pas là. Ce n’est pas dramatique que je ne l’ai pas parce que je suis au courant par avance de mon échec. »
« Tu te prends pour une médium ? »
« Non, mais ce matin je me suis réveillée avec un énorme filet de bave sur la joue. Aucune bonne journée ne peut commencer avec un filet de bave sur ta joue quand tu te réveilles ! »
Sarah lâche un éclat de rire. « Ambre, je sais, je me répète, mais je ne comprends vraiment pas ce que tu fais dans une fac de droit ! C’est tellement… peu toi ! »
Cette discussion là aussi nous l’avons déjà eu. Je ne réponds rien. J’observe à travers la vitre les contours de la faculté qui se font de plus en plus distincts. J’essaie de me figurer que ça ne me touche pas, que c’est juste parce que je ne suis pas encore réveillée que je suis dans cet état mais un peu de réalisme et je me rends compte que j’ai foiré ma première année de fac parce que je n’ai pas bossé et que j’étudie une matière que je hais. Peut être qu’elle devine mes pensées, peut être que ce n’est qu’un hasard mais Sarah tente de positiver les choses :
« Tu dis ça mais si ça se trouve tu l’as réussie ton année ! »
Ouais c’est vrai après tout pourquoi pas ? Un gros coup de chance, je serai la miraculé du droit, titre qui malgré la nomination miraculée ne m’enchante guère. Je prends subitement conscience que année réussie ou pas il n’y aura ni joie ni désespoir qui me traverseront. Et pourtant ça a de l’importance, parce que je ne peux pas ne rien faire, parce qu’il faut que je fasse un métier et que je n’ai pas envie de passer au plein temps au fast-food avec comme optique d’avenir de rester la meilleure vendeuse de l’année pendant plus de trente ans… Ou de devenir la meilleure vendeuse du mois déjà, ça serait un progret…
« Voilà, nous sommes arrivées ! »
Tiens, oui, déjà sur le parking… J’ouvre la portière, attrape mon sac au passage et sors du véhicule en m’étirant. Deux petites sonneries indiquent que les portes sont verrouillées. Je crie « Mes chaussures ! », la conductrice râle en rouvrant les portières et en me demande comment j’ai fait pour ne pas m’apercevoir avant que je ne les avais pas... J’hausse les épaules et nous voilà parties à travers tous ces couloirs familiers à la recherche de mon nom sur un bout de papier accroché au mur. Bien trop vite voilà le mur en question, bien trop vite voilà mon nom et bien trop vite encore s’enchaînent mes notes. Sarah me pousse du coude :
« Tu veux mon portable pour la calculatrice ? »
Je la regarde avec un petit sourire et m’éloigne dans le couloir en lui disant que ce n’est pas la peine. Je pousse une mèche de cheveux qui me gène, forcée à cause de mon bonnet à rester en permanence devant mes yeux. Sarah hurle sa question dans le couloir, insensibles aux regards des autres élèves qui viennent eux aussi pour leurs résultats.
« Tu l’as eu ? »
Je souris à nouveau, elle n’a certainement même pas osée regarder le tableau, mais elle va vite le faire et s’apercevoir qu’il n’y a pas besoin de calculatrice pour savoir si j’ai la moyenne lorsque mes notes dans toutes les matières sont en dessous de huit…
J’ai le pas qui traîne déjà moins, au moins c’est une chose de faite, j’en avais marre de toute cette histoire qu’on faisait autour de ces résultats… Je peux enfin laisser ma pensée se tourner vers autre chose. Je reconnais le bruit des chaussures de Sarah derrière moi qui se rapproche d’une façon précipitée. Immédiatement à ma hauteur elle me demande si ça va, bien plus paniquée que moi. Quand je lui réponds oui elle veut absolument me faire dire le contraire. Ça m’amuse et je finis par rire en plein milieu du couloir alors qu’elle me regarde avec des yeux exorbités, en me prenant pour une folle…
« Tu es au courant que tu as foirée ton année ? »
Je lève les yeux au ciel, faisant mine de réfléchir.
« Ouep ! »
Elle me fixe, les sourcils froncés, pendant quelques secondes puis a comme un soubresaut.
« D’accord ! On va se boire une bière alors ? »
Les lèvre s’étirent mais je secoue la tête de droite à gauche.
« Pas dès le matin, mais si tu veux m’offrir un chocolat… »
« Tu m’énerves avec tes chocolats, tu ne peux pas boire du café comme tout le monde ? »
Je fais une grimace en guise de réponse.
« C’est assez explicite... Ce sera chocolat alors ! »
C’est lorsque nous entrons dans sa voiture qu’elle commence à me questionner quand même.
« Tu vas faire quoi ? Je ne parle pas de l’année prochaine, mais là maintenant, tu comptes faire quoi ? Dire quoi à tes parents et tout ce genre de trucs ? »
« Ça ne change rien. J’aurai réussie mon année je n’aurai pas su plus ce que j’allais faire… »
« Ambre, il faut que tu changes de spécialité, je ne sais pas moi, prends un truc qui pourrai te plaire, philo, lettre, anglais, arts plastiques, n’importe quoi, mais arrête le droit. Et écoute moi pour une fois. »
Je tourne mon visage contre la vitre, je l’écoute mais je n’ai pas de réponse à lui donner. Il n’y a rien qui me plaise véritablement. Comme je les envie les gens qui ont des passions, qui se dévouent corps et âme dedans, qui en parlent comme si ils allaient mourir si on leur enlevait leur sport préféré, ou même dans une optique plus débile, leur télévision… Je ne sais pas réellement qui je suis et il y a trop de direction où me chercher, j’ai préféré abandonné direct !
« Ça te ferai aussi du bien de rencontrer quelqu’un… »
Je me redresse.
« Je passe, sujet suivant ! »
Elle soupire, très fort pour que je l’entende et que je sache que ça m’est adressé.
« Sarah, en fait ramène moi chez moi, j’ai juste envie de me griller une cigarette et de me plonger dans un bouquin, ne m’en veux pas s’il te plaît… »
« Encore un changement d’humeur ? »
Peut-être bien un changement d’humeur, peut-être aussi qu’elle n’est pas réellement la personne avec qui j’ai envie d’être, trop sérieuse, j’ai envie de débiter des conneries à la seconde, mais les dernières personnes qui savaient exactement comment faire ça et entrer dans le même état d’esprit que moi, je les ai vu pour la dernière fois au lycée…
« On va dire ça… »
« Okay, je te ramène, mais si jamais t’as envie de sortir, appelle moi, je finirai par te forcer à le boire ce café ! »
Je souris, plus par politesse, oui en fait, changement d’humeur, c’est exactement ça. Soudain j’ai l’impression que là, alors que tout allait bien tout à l’heure, je ne suis plus là où je suis sensée être, là où je me sentirai le mieux, c’est tout le contraire.
Elle me dépose devant ma porte, je lui fais signe de la main et la voiture s’éloigne. Je ne suis pas plus avancée, je ne sais pas ce que je vais faire, mais je suis maîtresse de la situation. Je prends mes clefs, ouvre la porte, monte le plus lentement possible les trois étages, la main posée sur la rambarde en bois. Je me concentre sur cette sensation, cette matière qui glisse sur ma peau, qui la caresse. Je pousse un petit cri : une écharde… Je m’assois en plein milieu de l’escalier, entre mon étage et celui du dessous. Il n’y a pas assez de lumière mais je tente de retirer le petit morceau de bois en pinçant ma peau. Ça me fait mal mais il finit par sortir et je reprends mon chemin en insultant la rambarde. Je m’arrête devant ma porte, lève la main par automatisme et frappe trois coups. Délire avec un pote qui s’est transformé en habitude et qui m’a fait passer pour une folle auprès de mes voisins, étonnés de toujours me voir frapper à la porte de mon propre appart’ avant d’y entrer alors que je vis seule. Je m’apprête donc à enfoncer ma clef dans la serrure, me demandant en même temps si finalement je ne vais pas me faire un chocolat chaud toute seule…
« Entrez ! »
Les clefs s’échappent de la main et je ne fais aucun mouvement pour les empêcher de tomber sur le sol. Mes yeux fixent la porte comme si elle allait me sauter dessus. Une question semble avoir prit possession de toute ma tête : « Qui est chez moi ? »
18:15 Publié dans épisode 01 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note